Pleins feux sur le mentorat

En 2021, le mentorat a la cote.


Et pourtant, cette pratique en plein essor aujourd’hui en France puise ses racines dans l’Odyssée d’Homère ! Ulysse parti combattre lors de la guerre de Troie aurait confié l’éducation de son fils Télémaque à son ami Mentor. Le nom propre Mentor a perdu sa majuscule pour devenir «un substantif désignant un rôle particulier, celui de guide, de conseiller, de maître » (Renée Houde, 2001). Il faudra toutefois attendre l’ouvrage de Fénelon Les aventures de Télémaque (1790) pour que le mentor tel qu’on le conçoit aujourd’hui entre dans le langage courant.


Mais le mentorat, c’est quoi ?

C'est un contexte d’interaction sociale qui favorise le développement des individus et renvoie à la notion « d’interactions de tutelle » proposée par le psychologue russe Lev Vygotski.


« Les interactions avec les partenaires plus compétents, loin de freiner le développement d’une pensée autonome, lui sont nécessaires. Les activités menées avec la tutelle de l’adulte ou d’un aîné permettent la mise en relation des actions et de leurs résultats, des significations langagières et des effets qu’elles permettent d’obtenir » (Houdé et Winnykamen, 1992)

Ce type d’interactions est par ailleurs susceptible de faire naître une « zone proximale de développement » autre concept de Vygotski : avec l’aide d’un tiers plus expérimenté, l’apprenant peut s’engager dans une tâche qui dépasse ses compétences actuelles, permettant de développer chemin faisant ses compétences futures. Autrement dit, «ce que l'enfant sait faire aujourd'hui en collaboration, il saura le faire tout seul demain» nous dit Vygostski.


En France, si le mentorat est particulièrement mis à l’honneur avec le plan « 1jeune1mentor » est loin d’être récente. Comme souvent, les pays anglo-saxons ont un temps d’avance : le mentorat y est très répandu et institutionnalisé depuis longtemps.


Dans le monde du travail, Kathy Kram (1985), chercheuse spécialisée en management à l’Université de Boston est la première à avoir modélisé et décrit les phases de la relation mentorale : créer la confiance et définir les attentes, développer la relation, définir les objectifs à atteindre et les étapes pour y parvenir, préparer la phase d’indépendance. Elle a ensuite contribué – avec d’autres – à la définition du mentorat ; on retiendra ici la définition suivante (Maela Paul, 2004) :

« La relation mentorale se définit sur une base de réciprocité et de solidarité intergénérationnelle, comme une relation d’aide et d’apprentissage entre une personne d’expérience qui partage connaissances, expériences, idées et compréhension d’une organisation avec une personne moins expérimentée, disposée à tirer profit de ce partage. (...) Elle rétablit, auprès du contact des pairs, la fonction des ainés. D’abord asymétrique (type expert/novice), elle évolue vers une relation plus égalitaire ».

Dans les pays anglo-saxons, le mentorat est développé depuis de nombreuses années. Au Québec par exemple, un pays qui souvent novateur sur les questions de pédagogies et de pratiques d’accompagnement « Mentorat Québec » a été fondé dès 2002 ! Il constitue un organisme de référence sur le sujet pour promouvoir la culture mentorale, constituer un espace ressource pour les organisations et les individus, et contribuer aux recherches sur le mentorat. https://mentoratquebec.org/


En France, le plan 1jeune1mentor de mars 2021 a mis la lumière sur le mentorat mais bien sûr, la pratique est loin d’être nouvelle.

Créé en 2019, le collectif mentorat https://www.lementorat.fr/ fédère des organisations d’intérêt général et à lucrativité limitée qui agissent depuis bien longtemps en faveur du mentorat. Parmi elles beaucoup proposent des actions en faveur des publics en difficulté (ex : primo-arrivants, en situation de handicap, issus des QPV, ZRR, Cités Educatives …). Outre le collectif mentorat, cette pratique d’accompagnement s’est également répandue au sein des Grandes écoles, des Universités, et bien sûr les entreprises.


Les annonces du « plan1jeune1mentor » viennent donc institutionnaliser (et financer) une pratique existant depuis de nombreuses années.


L’ambition : augmenter de manière significative le nombre de jeunes susceptibles de bénéficier de l’accompagnement d’un mentor dans son parcours d’orientation ou d’insertion professionnelle.

En contrepartie des financements, l’Etat souhaite également mettre un place un « label qualité » pour les structures porteuses, afin de garantir une offre de services mentorat adaptée à différents publics mais disposant d'un "tronc commun" cohérent et homogène sur l'ensemble du territoire national.


Références

Houdé, O. ; & Winnykamen, F. (1992). « Les apprentissages cognitifs individuels et interindividuels ». Revue française de pédagogie, n° 98, p. 83-103.

Houde, R. (2001). Le mentorat : un outil de développement de la relève. Article présenté à l’occasion du colloque organisé par l’Association suisse de psychologie du travail de langue française.

Ragins, B., & Kram, K. (2007). The handbook of mentoring at work : Theory, research, and practice.

Paul, M. (2004). L’accompagnement, une posture professionnelle spécifique. Paris : l’Harmattan

Vygotski, L. (1934/1997). Pensée et Langage. Paris : La dispute.

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